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Histoire et patrimoine

Le pont suspendu d'Agde : près d'un siècle au-dessus de l'Hérault

Créé le 06/09/2026 Mis à jour le 06/09/2026 à 15:53

Le pont suspendu d’Agde : près d’un siècle au-dessus de l’Hérault

Il a dominé l’Hérault pendant près de quatre-vingt-dix ans et des générations d’Agathois l’ont emprunté. Avec ses imposants portiques et ses câbles dominant le fleuve, le pont suspendu fut longtemps l’une des silhouettes les plus reconnaissables d’Agde.

Les cartes postales anciennes en ont conservé l’image. Mais qui se souvient encore qu’il fallait autrefois payer pour le traverser, que sa solidité fut éprouvée à l’aide de tonneaux remplis d’eau ou encore que la municipalité tenta de prolonger le péage lorsqu’il devait devenir gratuit ?

À partir des documents d’archives et des travaux historiques aujourd’hui accessibles, Infocapagde a voulu reconstituer l’histoire de cet ouvrage : de son adjudication en 1834 jusqu’à sa disparition, près d’un siècle plus tard.

Avant le pont suspendu : comment franchissait-on l’Hérault ?

L’Hérault a toujours constitué à la fois une richesse et un obstacle pour Agde. Avant le pont suspendu, son franchissement reposait notamment sur des ponts de bateaux particulièrement vulnérables aux crues du fleuve.

Un pont de bateaux mis en service en septembre 1808 comportait six travées et mesurait environ 65 mètres. Il fut détruit par la crue d’octobre 1825, puis reconstruit en 1831.

Mais l’augmentation de la circulation et les besoins de la ville rendaient nécessaire la construction d’un ouvrage plus durable.

1834 : Aristide Chavier obtient la construction du pont

Le 3 mars 1834, la construction d’un nouveau pont sur l’Hérault est adjugée à Aristide Chavier.

L’opération est approuvée le 5 septembre 1835. Le principe économique retenu est caractéristique des grands travaux de cette époque : le constructeur finance l’ouvrage et reçoit en contrepartie le droit de percevoir un péage pendant une durée déterminée.

La concession accordée à Aristide Chavier est fixée à 9 ans et 5 mois.

Le pont en quelques chiffres

Type : pont suspendu en fils de fer
Nombre de travées : 1
Portée : environ 87 mètres
Largeur du tablier : environ 5 mètres
Adjudicataire : Aristide Chavier
Durée de la concession : 9 ans et 5 mois

1837 : le chantier commence réellement

Les archives municipales d’Agde permettent de suivre assez précisément le commencement des travaux.

Une délibération du 28 mars 1837 annonce que les travaux du pont suspendu vont pouvoir commencer. Un représentant d’Aristide Chavier, M. Pellegrin, se trouve alors à Agde afin d’organiser le chantier.

La réalisation du pont entraîne également d’importantes modifications de ses abords afin de permettre son raccordement avec la ville.

Des tonneaux d’eau pour tester le pont

Avant d’autoriser la circulation, l’administration veut naturellement s’assurer que le nouvel ouvrage est suffisamment solide.

Une première épreuve est organisée le 21 décembre 1837, puis une seconde le 16 janvier 1838.

La méthode utilisée peut aujourd’hui paraître étonnante : des tonneaux remplis d’eau puisée dans l’Hérault sont disposés sur le tablier afin de soumettre le pont à une charge importante.

Comment testait-on un pont en 1837 ?

Pas de camions chargés de blocs de béton comme aujourd’hui : pour éprouver le pont suspendu d’Agde, on disposa sur son tablier des tonneaux remplis avec l’eau de l’Hérault. L’objectif était de vérifier que l’ouvrage pouvait supporter une charge d’environ 200 kg par m².

L’ingénieur des Ponts et Chaussées demande encore quelques vérifications complémentaires.

Finalement, le préfet autorise officiellement le passage du public à compter du :

24 janvier 1838

Ouverture du pont suspendu d’Agde au public

Cette date, retrouvée dans le dossier du pont conservé aux archives municipales, est plus précise que le millésime 1837 généralement repris dans les chronologies d’Agde.

Traverser l’Hérault était payant

Le pont n’était pas gratuit.

Aristide Chavier ayant construit l’ouvrage en échange du droit d’en percevoir les recettes pendant 9 ans et 5 mois, les usagers devaient acquitter un péage.

Quelques tarifs du pont suspendu

Piéton : 0,02 franc, qu’il soit chargé ou non.

Cheval ou mulet avec son cavalier : 0,12 franc, valise comprise.

Troupeau de 100 moutons, brebis, boucs, chèvres ou agneaux : 0,20 franc pour se rendre au pâturage. Le retour était gratuit lorsqu’il avait lieu le même jour.

Ces tarifs constituent aussi un instantané de la circulation quotidienne dans l’Agde du XIXe siècle : piétons, cavaliers, animaux et troupeaux empruntaient le même ouvrage.

Tout le monde ne payait pas

La liste des personnes exemptées du péage est tout aussi intéressante.

Parmi les bénéficiaires figuraient notamment le maire et ses adjoints, les juges, les agents des Ponts et Chaussées, les policiers, les douaniers, les gendarmes, les soldats, les curés ainsi que les enfants de moins de douze ans.

Une exemption est particulièrement révélatrice de la vie quotidienne de l’époque : les chevaux utilisés pour transporter la glace destinée à la consommation des habitants d’Agde étaient également exemptés de péage.

1847 : la Ville aurait bien conservé le péage

La concession devait arriver à son terme le 28 juin 1847.

Mais dès 1846, le conseil municipal d’Agde demanda au préfet l’autorisation de maintenir le péage pendant onze années supplémentaires, cette fois au bénéfice de la commune.

Le préfet transmit la demande au ministre des Travaux publics.

Le ministre refusa.

En 1846 déjà, la municipalité d’Agde aurait bien aimé continuer à faire payer le passage sur l’Hérault.

L’État s’y opposa, considérant qu’il n’était pas possible de continuer à grever la circulation sur une route royale.

Le péage prend donc fin en 1847. Après avoir été pendant neuf années un ouvrage payant, le pont entre dans une nouvelle période de son histoire.

Le pont devient une artère essentielle d’Agde

Libéré du péage, le pont suspendu continue naturellement à jouer un rôle majeur dans les déplacements.

Il relie le centre d’Agde aux routes de Béziers, de Bessan et aux secteurs situés sur l’autre rive.

L’arrivée du chemin de fer et l’ouverture de la gare d’Agde en 1858 renforcent encore son importance : le pont constitue désormais un accès direct entre la gare et le centre-ville.

Le pont suspendu et, dans son prolongement, l’axe conduisant vers la gare d’Agde. Cette vue permet de mesurer le rôle essentiel du pont dans les déplacements entre la gare et le centre-ville.

Les anciennes cartes postales témoignent de cette activité. On y voit piétons, chevaux, charrettes puis automobiles circuler sous les câbles de suspension.

Avec la cathédrale Saint-Étienne en arrière-plan, le pont devient également l’une des images emblématiques de l’Agde du début du XXe siècle.

Une charrette franchissant le pont suspendu d’Agde. Cette vue rapprochée restitue la circulation quotidienne sur l’ouvrage avant la généralisation de l’automobile.

Au XXe siècle, le vieux pont devient inadapté

Mais un ouvrage conçu dans les années 1830 doit désormais supporter une circulation qui n’a plus grand-chose à voir avec celle de ses débuts.

Les véhicules deviennent plus nombreux et surtout beaucoup plus lourds. Après environ neuf décennies de service, la question du remplacement du pont suspendu devient inévitable.

1926 ou 1928 ? Une chronologie qui mérite d’être corrigée

De nombreuses chronologies d’Agde indiquent encore que le pont suspendu aurait été remplacé par un pont métallique en 1926.

Mais l’examen des documents anciens conduit à nuancer sérieusement cette affirmation.

Les Cahiers du GRHISTA reproduisent une information publiée par L’Avenir Agathois le 14 janvier 1928.

À cette date, le nouveau pont destiné à remplacer le pont suspendu est toujours en chantier.

L’entreprise travaille encore au bétonnage du pont et à la réalisation des trottoirs. Le journal indique que le nouvel ouvrage devrait prochainement être livré à la circulation.

Une chose est donc certaine : le nouveau pont ne pouvait pas être en service en 1926 puisqu’il était encore en travaux en janvier 1928.

La date de 1926 pourrait correspondre au lancement de l’opération, à une décision administrative ou à une première phase des travaux. Mais elle ne peut, en l’état des documents retrouvés, être retenue comme date certaine de mise en service du nouvel ouvrage.

Le nouveau pont semble avoir été ouvert au cours de l’année 1928. La date exacte reste toutefois à retrouver.

La fin du pont suspendu

Après près de neuf décennies au-dessus de l’Hérault, le pont suspendu arrive ainsi au terme de son histoire.

Conçu à une époque où la circulation était essentiellement composée de piétons, de cavaliers et de charrettes, il devait désormais faire face au développement de l’automobile et à des charges sans commune mesure avec celles du XIXe siècle.

Son remplacement marque donc beaucoup plus qu’un simple changement d’ouvrage : c’est aussi le passage entre deux époques de l’histoire des déplacements à Agde.

Une silhouette disparue du paysage agathois

Pendant près de quatre-vingt-dix ans, les pylônes et les câbles du pont suspendu ont fait partie du paysage quotidien des Agathois.

Les nombreuses cartes postales qui nous sont parvenues témoignent de son importance. On y voit passer les piétons, les chevaux, les charrettes puis les premières automobiles, avec l’Hérault, les quais et souvent la cathédrale Saint-Étienne en arrière-plan.

Le pont suspendu n’était donc pas seulement un ouvrage permettant de franchir le fleuve. Il fut pendant plusieurs générations l’une des grandes portes d’entrée d’Agde et l’une des silhouettes emblématiques de la ville.

Sa disparition, à la fin des années 1920, marque la fin d’une époque.

Les grandes dates du pont suspendu

3 mars 1834 Adjudication de la construction du pont à Aristide Chavier.
5 septembre 1835 Approbation de l’opération.
28 mars 1837 La municipalité annonce le commencement prochain des travaux.
21 décembre 1837 Première épreuve de charge.
16 janvier 1838 Nouvelle épreuve du pont.
24 janvier 1838 Ouverture du pont suspendu au public.
28 juin 1847 Fin de la concession et du péage.
1858 Ouverture de la gare d’Agde : le pont devient un axe essentiel entre la gare et le centre-ville.
14 janvier 1928 Le nouveau pont destiné à remplacer le pont suspendu est encore en travaux.
1928 Mise en service vraisemblable du nouvel ouvrage — date exacte restant à établir.

Sources et documents

Ce dossier s’appuie notamment sur les documents du dossier « Pont suspendu » des Archives municipales d’Agde, série O, exploités et publiés par les Cahiers du GRHISTA, ainsi que sur le Bulletin des lois du Royaume de France et différents travaux consacrés aux anciens ouvrages de franchissement de l’Hérault.

Les recherches se poursuivent notamment afin de retrouver la date exacte de mise en service du nouvel ouvrage en 1928 et la date précise de disparition du pont suspendu.

Dossier Infocapagde : ce document sera enrichi au fur et à mesure de la découverte de nouvelles archives, photographies et informations historiques.